Ultra-Structure : jour de l’Homme Moderne



François De Jonge et Sukrii Kural, responsables actuels de l’organisation Super Structure (édition, installation, événements…) nous ont parlé de leur prochaine exposition au Lac à Bruxelles. Au terme de deux semaines d’installation  d’un mystérieux parcours de survie, l’exposition sera visible durant une semaine à partir du samedi 14 novembre (vernissage à partir de 18H avec concert de JPROCK).

La Survie:
Dès le début de Superstructure en 2012, nous avons travaillé en installation, dessin ou BD autour de l’idée de survie. La première résidence a eu lieu dans un théâtre à Ixelles pendant une semaine et fut suivie d’une édition. Depuis nous proposons aux dessinateurs, aux auteurs de travailler autour de l’idée de protection (habitat, abris, survie…) et les installations vont de pair.
Quand j’avais fait la proposition d’une publication autour des véhicules (La passion du speed) , mon idée était plus proche de l’univers de Mad Max que des versions « bling bling » ou tunées des voitures que certains auteurs ont pu propos​er.

Le Projet:
Le Lac nous avait accueilli pour le lancement d’ Éloge de la fuite en juin 2015. A ce moment là on manquait de temps pour créer une grande installation dans le lieu. Quand ils nous ont invité à réitérer l’aventure, on leur a proposé une exposition qui prendrait tout l’espace, sous forme de parcours de survie. Ce pourrait être l’exposition associée à la publication Formes et Monuments, mais finalement non, ce sera une exposition seule.
L’Exposition:
Quand on a commencé à penser au parcours de survie au moment du deuxième « Véhicule » (Éloge de la fuite), on a visionné des vidéos d’athlétisme et de marathon où se succèdent plusieurs épreuves. On trouvait beau ces parcours créés pour le défi. Transposée dans l’exposition, cette idée permet au spectateur de devenir actif, de faire l’expérience du défi, avoir la sensation d’évolution dans le parcours de l’exposition.
Une décharge sera signée par les visiteurs, pour des raisons d’assurance. Mais chacun aura la possibilité d’aller voir le concert sans passer par le parcours de survie.
On s’est dit aussi que si on créait des obstacles de plus en plus difficiles, alors les spectateurs seraient amenés à s’entraider, à demander de l’aide pour atteindre la salle de concert. C’est ce qu’on a cherché à faire dans le labyrinthe plongé dans le noir, les palissades à grimper, le passage dans la boue… Pour l’instant ce n’est pas encore assez dur, sauf pour des nains ​
(rire).
Propos recueillis par Séverine Bascouert & Sammy Stein

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Forms & Monument, la dernière édition Super Structure avec : A.W.A.A.R, Baptiste Brunello, Jean Philippe Bertin, Antoine Caecke, Jul Canoué, Etienne Chaize, Mavado Charon,, DLCTVB, François De Jonge, Margaux Duseigneur, Adrien Frégosi, Louis Granet, Hélène Jeudy, Judex, Sukrii Kural, Riton Lamort, Lando, Pia Mélissa Laroche, Valérie Lebrun, Lisa Mouchet, Luca Retraite, Jérémy Perrodeau, Charles Renel, Juliette Roméro, Léon Sadler (poster), Shobo Shobo, Sammy Stein, Sthatis Tsemberlidis (poster), Jon Vanghn

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PROGRAMME : ULTRA-STRUCTURE : L’homme moderne

SITUATION DANS L’ESPACE:
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Un sens unique a été établi pour les visites. En suivant l’ordre des épreuves, les visiteurs verront ce qu’il est indispensable de voir.

Le Parcours:
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Une fois passé le fossé (porte garage) on arrive au porche. À gauche, la porte de sortie (Laquelle vous prendrez soit par lâcheté, soit parce que vous aurez fait l’effort de terminer votre parcours) tout droit le début de votre périple. Immédiatement avant la porte, vous serez convié à entrer dans le tunnel.

Le Tunnel:
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Les arrivants seront pourchassés dans le tunnel. À gauche, la deuxième porte de sortie permettant d’accéder à la première. Ce sera la dernière fois que vous la voyez. C’est dans ce tunnel que vous attendrez votre tour. Au bout du tunnel, on pénètre dans la cage.

La cage:
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La cage, construite longtemps auparavant, fut dans un premier temps celle d’un redoutable molosse appelé « white snake » (en référence au film, oui). Ce monstre de 1,75M de large hante toujours le lac. Peut-être saurez-vous l’entendre, car maintenant, c’est vous qui êtes dans la cage.

Le Guet:
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Culminant à 300 cm de hauteur la sortie de la cage vous est ouverte par ascension à l’aide d’une corde. De là-haut, vous verrez l’étandue du CAMP.

La Poutre:
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2 solutions s’offrent à vous, fuire, ou continuer. Au dessus du vide, 2 poutres, 2 moyens de rester en vie. Sérieusement, prenez en un!

Le Bassin:
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Sautez-y. Et grouillez-vous d’en sortir.

Le conduit:
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Sorti du bassin, vous plongerez tête baissée dans cet étroit conduit Vous ne poserez aucune questions car vous serez seul ici.

Le Lac:
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Dans le noir, munissez-vous de votre Blackberry, c’est toléré même conseillé ici. « Dans les ténèbres je serai toujours avec toi Sam ». Frodo in Le Retour du Roi.

Terrain miné:
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Il n’y aura de miné ici que ta face de déterré! Mais rampons mes amis! notre salut est en face!

Le Mont Solitaire (Cf: T.L.O.T.R.):
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Ici se clôt la première partie de notre récit. L’ascension de ce mastodonte de verdure sera pour vous votre première victoire. Vous serez alors au crépuscule de « L’HOMME MODERNE ».

DJ SET DJORDJEVIC:
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à partir de 18h.

Concert JPROCK:
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à partir de 21h.

PAF: 4€
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Le Lac
82A Rue Ulens
1080 Bruxelles

>>>Infos FB de l’événement
>>>Toutes les éditions Super Structure


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collection @ 12 novembre 2015 - 9 h 02 min

Bastien Aubry et Dimitri Broquard



Pour ceux qui n’auraient pas eu encore l’occasion d’y aller, l’exposition Gitane à la guitare est visible jusqu’au 18 octobre 2015.

à la Maba- Maison d’art Bernard Anthonioz
16, rue Charles VII, 94130 Nogent-sur-Marne

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collection @ 8 octobre 2015 - 10 h 12 min

collection revue à Montpellier



 

Les revues Collection numéros deux, trois et quatre sont disponibles et présentées à Drawing Room. La 6ème édition se déroule en ce moment à Montpellier,
Nous sommes accompagnés de trois autres revues : Roven, Filaf et Rouge Gorge.

le salon Drawing room 015 a lieu du 7 au 11 octobre 2015

au Centre de Culture Contemporaine
La Panacée
14 rue de l’école de pharmacie 34000 Montpellier
www.lapanacee.org
http://www.drawingroom.fr

 


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collection @ 7 octobre 2015 - 12 h 09 min

Kikifruit : entretien et sortie du livre « Préhistorique »



Après deux publications clownesques, une histoire courte dans la revue Lagon, des collages, la 200ème émission de Radio Vedette (dont nous parlions ici), Kikifruit réunit sa dernière série de dessins dans une publication coédité par FLTMSTPC et Astral Soda, son propre label.

Perdus dans une société trop normalisée pour eux, les protagonistes de Préhistorique cherchent quelque chose qu’ils ne trouvent pas.
Ils ne sont pas Hommes des cavernes modernes comme le chantait le groupe OTH dans les 80’s, mais des hommes des cavernes dans le monde moderne.
Arrivé mystérieusement à notre époque, ce « gang » archaïque observe les us et coutumes de nos contemporains et à travers leurs yeux apparait une société déshumanisée et triste.
Un espace silencieux, feutré, désertique, émerge de ces dessins à la mine de plomb. Et, si le bruit des hommes y est absent, un sentiment d’incompréhension et d’inaptitude face à la vie en société y règne en maitre absolu.

Pour fêter la sortie du livre, les dessins de Préhistorique seront exposés à L’espace d’en bas à partir du 11 septembre dans le cadre d’une carte blanche à Kerozen (voir les infos plus bas).

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Comment t’est venue l’idée de dessiner une bande d’hommes des cavernes projetée dans le monde contemporain ?
En août 2013, suite à un traumatisme auditif, j’ai plongé dans une profonde dépression, celle-ci était doublée d’une hyperacousie (en gros l’amplification de tous les bruits les plus infimes, comme si on avait monté le son à fond sans pouvoir le baisser) et de douleurs constantes aux oreilles. Il m a fallu 3 mois avant de voir un ORL compétent, une sophrologue (conseillée par l’ORL) et un psychiatre/psychanalyste pour commencer un suivi.

J’ai passé ces 3 mois à errer dans les rues, à faire des footings, et à chercher des endroits silencieux sans pouvoir faire quoi que ce soit. Un jour, j’ai croisé un clochard, il avait les cheveux longs, une barbe et sentait très fort. Il m’a fait penser à un homme préhistorique. Il y a une proximité visuelle et ils partagent tous deux certaines préoccupations, telles que la recherche constante d’un abri ou de nourriture. De là est parti cette série de dessins.

J’avais besoin d’avoir un but pour échapper a la mort : l’hyperacousie  provoque des idées suicidaires, d’autant plus que l’on ne sait pas combien de temps cela va durer. Finalement, ces symptômes auront duré 6 mois et les douleurs intenses plus d’un an.

Pour revenir à ces dessins, je les ai faits comme un moine, concentré, sans musique, dans une bibliothèque déserte. Je la quittais parfois, ne supportant plus le bruit du néon.

La dépression augmentait à outrance mon empathie pour les êtres humains. Je pouvais pleurer en voyant un mendiant, et à un certain point je me projetais dans la peau de ce groupe d’hommes préhistoriques, j’essayais d’avoir une vision.
J’ai choisi un style de dessin très laborieux et très long, je me disais « je ne vais pas me suicider, il faut que je termine cette série ! »
Il existe un épisode de Twilight zone (La 4ème dimension en français) où un cowboy se perd dans le désert à la recherche de médicaments pour sauver son fils. Il finit par arriver dans le monde des années 60. Il y a aussi le film Hybernatus mais je ne l’ai pas vu…

la poubelle dans le parc

Le parallèle avec des individus totalement inadaptés à la société parait évident. J’ai l’impression que cette thématique transparait souvent dans les scènes que tu dessines. Cette sensation d’incompréhension entre deux mondes qui ne peuvent communiquer.
Dans les faits, les hommes préhistoriques, par leurs techniques et leurs modes de relations, sont adaptés à leur monde, nous aussi nous sommes adaptés culturellement à notre monde. Ce que montrent ces dessins, c’est l’adaptation de ces hommes avec les réactions que je leur suppose: la chasse aux objets roulants et bruyants, l’observation des filles qui pratiquent le jogging, la recherche de nourriture…
Je me disais : si l’on met l’homme préhistorique dans un supermarché, il est possible qu’il n’y voit aucune nourriture, mais simplement des boîtes de couleur. De même que pour nous, un animal mort sur le sol évoque rarement un bon repas.
L’incompréhension est une chose récurrente chez les humains, l’exprimer en dessin est un bon défi.

Un jour, j’ai entendu les résultats d’une étude scientifique de psychologie : on montrait à un panel d’hommes et de femmes des photos de visages exprimant des émotions (joie, peur, colère…). Les femmes trouvaient les expressions dans 80 % des cas et les hommes seulement 20 %.

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Jamais la violence ne se fait sentir dans les dessins de Préhistorique : la douceur du crayon gris et l’ambiance éthérée dédramatise la situation critique des personnages. De même, le sentiment que l’on lit sur les visages perturbe. La plupart du temps, l’apathie domine, même dans les scènes les plus mouvementées. Est-ce la solitude qui les rend si triste ?
Comme je le disais, mon état dépressif me poussait vers le calme, auditif et visuel. J’allais à l’église, un des rares endroits calmes dans la ville. Je ne pouvais pas regarder un film avec des zombies ou du sang. Dans mes dessins, il y a de la violence mais elle est très contenue, jamais gratuite. Elle s’exprime uniquement envers les véhicules.
Au début, j’ai pensé dessiner des hommes préhistoriques tirant une secrétaire par les cheveux pour l’emmener dans leur hutte, mais finalement, ils restent plutôt observateurs vis à vis des femmes. Pour moi, ils ont du mal à comprendre ce qu’ils prennent pour leur emballage (leurs vêtements), pour eux ce sont des sortes de déesses à respecter.
Certaines théories disent que les sociétés premières étaient matriarcales, car le fait que les femmes accouchent des enfants 9 mois après un rapport sexuel rendait la mise en relation des deux faits très difficile, voire impossible. Les femmes étaient donc considérées comme des magiciennes productrices de vie. Plus tard, avec les débuts de l’élevage, les hommes auraient fait le lien entre la fécondation et la procréation, et donc du rôle du mâle dans le processus.  Cette théorie est improuvable, peut-être est-elle fausse, malgré tout, elle me plait.
Concernant les expressions des visages, j’ai essayé d’être subtil, d’exprimer une certaine inquiétude, un questionnement. Il y a aussi une détermination à sortir de cette bulle temporelle. Il faut mettre cela en rapport avec ma situation à l’époque.
Sur l’un des dessins, un petit portrait, j’ai dessiné un homme préhistorique en train de pleurer. Est-ce-que ces hommes pleuraient ?  S’embrassaient-ils ? On ne saura jamais quels gestes sociaux ils pouvaient faire.
Ils sont plusieurs mais ce groupe est seul, ils ne font pas communauté avec les humains de la ville. Ça pourrait aussi être un gang urbain ayant décidé de vivre de cette façon, comme dans la film The Warriors (Les guerriers de la nuit en français)

Es-tu allé visiter la caverne du Pont d’Arc (réplique de la grotte Chauvet) ? Est-ce que ça pourrait t’inspirer ? Globalement, que t’inspire l’art pariétal ?
Je ne suis pas allé là-bas, mais mon grand-père maternel m’a emmené à Lascaux 2, aux Eyzies et dans de nombreux musée de paléontologie. Il avait visité Lascaux avec l’Abbé Breuil. La préhistoire l’intéressait, il collectionnait les silex taillés, il nous montrait à mon cousin et à moi comment les tailler. C’est une activité assez dangereuse, des éclats peuvent te gicler dans les yeux.
Il ne m’a jamais amené dans un musée de peinture. Peut-être que pour lui, il fallait replacer l’homme dans un contexte plus large.
La grotte Chauvet a l’air d’être un site extraordinaire, j’ai vu le film de Werner Herzog en 3D, La grotte des rêves perdus. Ce film permet de comprendre certaines choses, par exemple que certains dessins sur la même paroi dans la grotte sont distants de 5000 ans, soit la distance temporelle qui nous sépare de l’ancienne Egypte, du temps des pharaons. A un moment, on découvre sur une stalactite, une  peinture représentant le bas d’un corps de femme entremêlé à une tête de bison. C’est incroyable, c’est une sorte de résumé des besoins vitaux, manger et s’accoupler.

Je ne me suis pas documenté sur l’art pariétal ni sur les hommes préhistoriques -je ne voulais pas brider mon imagination par un désir de vérité bien illusoire. J’ai préféré faire appel à mes souvenirs.

De ce livre a découlé une nouvelle publication autour de dessin de clochards dans des parcs qui volent des affaires à des joggeuses, n’est-ce pas ?
Oui, Run for your life est un peu la suite. Dans ce livre où un clochard capture des joggeuses, c’est encore la chasse et la confrontation de deux univers qui est représentée, celui de la santé et de la beauté (la joggeuse) et celui de la solitude et de la pauvreté (le clochard).
L’idée m’est venue en faisant du jogging dans une zone assez sauvage prés de la rivière, mais en pleine ville. Il y avait là des tentes et des cabanes abandonnées, squattées par des gens invisibles et une fois de plus j’ai extrapolé la réalité.

Ce livre est plus léger, quoique un peu angoissant. En juin, après la sortie très confidentielle de ce livre, une joggeuse a été violée vers cet endroit, j’étais très mal à l’aise.

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Un dessin fait le lien dans Préhistorique : Un homme des cavernes passe devant un clochard qui dort par terre.
Le clochard semble être un de tes personnages fétiches, au même titre que le clown, le Pierrot lunaire et la dominatrice. Peux-tu nous parler de ces figures ?
Ces personnages sont des incarnations. Le clochard, représente la peur de devenir pauvre, la solitude; le clown est à la fois l’irresponsable, le comique, le crétin, les « bas instincts ». Dans les livres des clowns 1 et 2 (éditions FLTMSTPC), ils exercent des postes importants, des PDG des stars, des rois de contrées futures. Dans cette série, il y a différents types de personnages, je dirais même des castes différentes qui cohabitent dans l’image, mais chacun a ses intérêts et tente d’obtenir quelque chose de l’autre.

Il y a peu de Pierrots, plutôt des arlequins sexys, ils sont la force, la féminité. Il y a aussi le personnage de la secrétaire, à la fois victime et manipulatrice.
Je travaille sur les archétypes,  je les fais dévier. Je mélange différentes traditions avec des mythes plus contemporains: la Comédia del arte, le cirque, la télé, l’érotisme Youtube…

Au fait, d’où vient le nom Kikifruit ? A un moment il me semble que tu voulais l’abandonner et puis tu y es revenu. Personnellement, je l’aime beaucoup.
Le nom kikifruit a été emprunté a un magasin de fruits et légumes de la belle ville de Puteaux où j’habitais. J’avais pris ce pseudo pour faire de la musique et je l’ai gardé pour faire du dessin. Mon nom de famille me semblait banal et c’était une façon de me cacher, d’avoir une existence fantasmatique. Un jour, une américaine lesbienne a déclaré qu’elle était amoureuse de moi pensant que j’étais une fille en se basant sur mes dessins (c’était à l’époque de Myspace). A un moment, le pseudonyme  Kikifruit m’a fatigué, comme si il me cantonnait à un seul type de travail artistique, mais le fait que Pierre la Police ou Kiki Picasso soient des artistes que j’aime bien a fini par me faire conserver ce nom.

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L’image du voyeur est présente en arrière plan dans plusieurs dessins. Y vois-tu un parallèle avec les spectateurs/lecteurs de tes propres dessins ?
Le premier voyeur c’est moi. Si ça se trouve, le clochard caché derrière l’arbre c’est un autoportrait.
J’ai une forte pulsion scopique. On retrouve cela chez pas mal de dessinateurs (il suffit de regarder leur collection de livres).
C’est étrange, cette question me fait réfléchir. Je ne pense pas au spectateur lorsque je fais un dessin. Tu as un certain plaisir à le faire, mais la question de l’éventuelle réception est absente.
Je pense de ce coté-là à Julien Carreyn. Il a une grande liberté, s’il souhaite dessiner 100 dessins juste avec des monstres qui mangent des filles, il le fait, sans se poser de question. Il ne se dit pas : « les gens vont penser que je suis un psychopathe ». Le coté rapide, personnel du dessin permet une proximité avec le fantasme. Avec un stylo bic tu peux créer un monde en 10 minutes.
Se défaire d’une certaine culpabilité ou d’une approche psychanalytique de son propre travail est une phase importante.

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Cela fait plusieurs livres que tu édites avec Stéphane Prigent et sa maison d’édition FLTMSTPC. Cette fois vous coéditez le livre ensemble, peux-tu nous parler de la genèse du projet et du lien que vous entretenez depuis plusieurs années ?
Il dit « ça me plait, on fait un livre ? » Il fait du Do it yourself mais toujours avec classe.
Je n’ai pas tellement confidence en moi, je suis toujours plein de doutes, » Est-ce-que ces dessins sont bien ?  Ou sont-ils nuls ? »
Je gamberge, et lui:  » c’est parti, on le fait !». Alors, je reprends espoir, je me dis que ces dessins ne sont pas si mal après tout, si Stéphane veux en faire un livre.

Pour Préhistorique, c’est un peu différent, je les ai montré assez tard, je les faisais pour moi. C’était une thérapie.
Julien Carreyn nous a donné des conseils pour la mise en page, ça a mis plus longtemps que d’habitude, mais comme les plans pour des expos tombaient a l’eau, on n’était pas pressés. Stéphane voulait le sortir en offset, ça a pris 8 mois.
Faire un objet physique, un livre, un disque, une K7, c’est un travail d’équipe, cela prend du temps, coûte de l’argent, il y a toujours des accidents et des imprévus.

J’ai un rapport de profonde amitié avec Stéphane, il me montre des choses, il connait beaucoup d’artistes. Moi, je ne suis pas très au courant de ce qui sort, je vais peu sur des blogs. A chaque fois que je vais chez lui, je repars avec quelque chose, des livres qu’il a sorti, et moi aussi je lui en amène, c’est du troc.

Quand je m’énerve dans la vie, je pense au nom de sa maison d’édition  » FAIS LE TOI MÊME SI T’ES PAS CONTENT » et je le fais moi-même car je ne suis pas content !
Il m a toujours encouragé. De nombreux livres n’auraient jamais vu le jour si je ne l’avais pas rencontré lors de cette incroyable soirée à FRANCE FICTION.

Peux-tu replacer cette soirée dans son contexte ?
il faut savoir qu’à l’époque, je n’habitais pas a Paris, mes dessins commençaient tout juste à être visible sur le net. Je crois c’est Simon et Bori qui faisaient à l’époque JOHN MAGAZINE qui m’avaient invité à France Fiction –c’était les premiers à avoir montré mes dessin sur Internet.
C’était une galerie toute petite en forme de couloir, et à part eux deux, je ne connaissais personne. C’était l’expo finale d’une série de fanzines édités par Kerozen, Politic si ma mémoire est bonne. Il y a là pas mal de personnes excentriques, des dandys etc…
Je ne me souviens plus bien mais à un moment Stéphane se retourne vers moi et me dit « c’est toi Kikifruit ? » Il me fait une grande embrassade, me prend en photo, et me dit « on va faire des trucs ensemble « , il me donne pleins de numéros de ses fanzines, dont celui de  Stéphane Argillet qui est super. Il y avait aussi Hendrick Hegray qui a fait un truc dingue ce soir-là, mais l’alcool a balayé les souvenirs. Je crois que, n’ayant pas bu, je suis le seul à me souvenir de tout cela.
C’était vers 2006/2007, une époque où le dessin se faisait une place sur Internet, mais tu ne connaissais pas forcément les gens en vrai. La rencontre permet, en théorie, un lien plus fort. France Fiction était un lieu intéressant, ils faisaient de l’art contemporain dans un espace tout petit. Ça devait faire 6m carrés, c’était  classe, ouvert aux fanzines. Il y a eu une expo de Hendrik là-bas. Les vernissages étaient des grands moments, j’y ai rencontré des gens incroyables.  Je me souviens, par exemple, de Nicolas Nakamoto dont l’idée était de faire du tir au pistolet automatique tout nu, d’ouvrir un centre de vacance naturiste où l’on pourrait pratiquer les armes à feu. Il y avait toujours des jolies filles. Je crois que ça n’existe plus.

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Tes inspirations viennent autant de l’univers SF rétro que de pièces d’art contemporain ou de l’Égypte ancienne, tu vois un lien entre tout ça ?
Tous ces centres d’intérêt se retrouvent sur mes étagères sous forme de livres. La SF c’est les mangas (Les cités d’or, Cobra), la saga Dune ou les sitcoms de la 5 (Star trek et ses décors cheap ou la série  V pour le coté sexy 80s) ; l’ésotérique, c’est la culture de la musique industrielle. L’art contemporain, c’est différent. C’est lié aux Beaux Arts, cette injonction à étudier l’art conceptuel ou l’art minimal, des choses avec lesquelles tu n’as aucun atomes crochus car tu dessines des personnages.

J’aime bien le livre d’Édouard Levé Œuvres, dans lequel il invente des projets artistiques, peut-être 300, en quelques lignes. J’ai l’impression que beaucoup d’œuvres d’art contemporain pourraient être quelques lignes sur un papier, sans qu’on ait besoin de les voir.
Je pense qu’il est possible de dire beaucoup de choses avec un petit bout de papier, en dessinant.

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Aurais-tu envie de développer un récit plus long ?
J’ai déjà essayé de faire une BD, mais je ne dépasse jamais la 8ème page. Cet été, j’ai réessayé, plein d’enthousiasme, j’ai arrêté au bout de 3 pages !
J’ai plusieurs scenario d’hommage a ELVIFRANCE (des petites bd érotiques italiennes en noir et blanc), mais il faudrait s’y consacrer pleinement, peut-être s’enfermer dans un donjon !!!
J’ai  commencé à écrire plusieurs romans et je me suis aussi arrêté, je suis très versatile.

Parallèlement à tes dessins, tu fais de la musique et des mixes. Tu vois un lien entre les deux ?
Parfois il y a lien, comme dans le livre Carnella and the Flash Bunny’s  (toujours éditions FLTMSTPC) où je mettais en scène un groupe fictif dans un futur proche (c’était pas mal inspiré du personnage Hashi dans Les bébés de la consigne automatique de Ryu Murakami).
Mon projet était de réaliser les 45t (pochette et musique) de ce groupe imaginaire mais j’ai juste fait le livre, peut-être que le reste viendra plus tard.
Les disques, c’est aussi une question de visuels : les logos, les esthétiques, la mode… C’est très complet et c’est pour cela que j’y suis tant attaché, c’est un objet culturel très dense.

Pour un disque sorti il y a quelques années, tu avais écrit un long texte sur une apocalypse Maya, si mes souvenirs sont exacts. J’ai l’impression que quelque soit le médium (dessin, musique, collages…) tu cherches toujours du coté de la narration, même muette.
Oui, c’est vrai. C’est peut être aussi pour ça que je n’aime pas tellement la BD et que je n’arrive pas en faire. Je pense qu’avec une seule image, tu peux déjà raconter une histoire. Si tu es hyper fort comme Giotto ou Piero Della Francesca, tu peux raconter 100 histoires avec un tableau. Pour ma part, je fais rarement cohabiter texte et images, mais peut-être dans le futur…

k7 de astral soda

Dernièrement qu’est-ce que tu as vu/lu/écouté qui a retenu ton attention ?
J’attends les nouveaux livres de Julien Carreyn, il m’a monté au moins 10 projets quand je suis allé chez lui, dont un sur une histoire d’étudiante qui enlève ses chaussettes. J’aime bien les mixes sur une radio australienne noiseinmyhead, les albums d’Andras Fox, la compile de musique new-age  I am the center , j’écoute beaucoup les partitas de Bach jouée par Alexis Weissenberg, je lis l’auteur russe Gogol, les Elvifrance, serie verte; j’ai vu les films Le cirque des vampires  de Robert Young et  Liquid sky de Slava Tsukermans

Quel sont tes prochains projets ? Sur quoi travailles-tu en ce moment ?
Je vais développer mon label Astral soda, sortir des K7, l’album d’Albinos et un mix de french funk.
On doit aussi sortir avec mon compagnon de radio Plastic Bernard, un guide de la radio Music & Respect, ce serait l’an prochain.

En dessins, j’ai plusieurs projets, pour l’instant je dessine des plantes dans un jardin public en attendant d’être en harmonie avec le cosmos pour commencer l’une de ces séries.

Propos recueillis par Sammy Stein

Pour commander Préhistorique et d’autres publications, rendez-vous sur kikifruit.bigcartel.com ou contactez directement Kikifruit ici : kikifruit [@] voila.fr

Les livres de Kikifruit sont disponibles au Regard Moderne et il aura un stand au festival Fanzine à Paris en octobre.

Exposition des dessins préhistoriques et lancement du livre à partir du 11 septembre (vernissage) à L’espace d’en bas.

L’espace d’en bas
2 rue Bleue
75009 Paris
métro cadet / bonne nouvelle

PREHISTORIQUE

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collection @ 5 septembre 2015 - 13 h 41 min

Bastien Aubry et Dimitri Broquard



Ce soir commence l’exposition de Bastien Aubry et de Dimitri Broquard :

Gitane à la guitare

 à partir de 19h vernissage le 2 septembre.
l’exposition montre un projet inédit, prévu pour le lieu.

À partir du titre de l’exposition Gitane à la guitare (trouvé dans un catalogue de peintures) et de ce qu’il véhicule en termes de codes associés à cette vision romantique – celle du peintre avec palette, pinceaux et chevalet – Bastien Aubry et Dimitri Broquard réinterprètent ceux-ci à l’ère 2.0 par des matériaux, des techniques, des médiums créant systématiquement des décalages, des déplacements ou des interférences. Un récit elliptique, entre ironie, blague potache et vision distanciée, se déploie ainsi salle après salle, chapitre après chapitre.

l’exposition dure du 3 septembre au 18 octobre 2015.
Maba- Maison d’art Bernard Anthonioz
16, rue Charles VII, 94130 Nogent-sur-Marne

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collection @ 2 septembre 2015 - 13 h 43 min

Kaleidoscope



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A bubble chamber track, 1980 (Courtesy of Fermilab Visual Media Services)

KALÉIDOSCOPES
Différents visages pour l’image scientifique
Du 7 juin au 13 septembre 2015

au Centre d’art contemporain de Lacoux

Hameau de Lacoux – 01110
Hauteville-Lompnes
contact@cacl.info | www.cacl.info
Ouvert samedi et dimanche de 14h à 18h

(un endroit superbe, où nous avions réalisé une exposition d’été Collection en 2012)

L’exposition permet de découvrir des images « scientifiques » :
- plans originaux manuels des expériences du Cern,
- photographie de tracés de particules dans une chambre à bulle,
- Tore plat, la nouvelle forme géométrique inventée par le mathématicien Vincent Borelli.
Face à ces travaux, les artistes s’approprient et questionnent la science.

Avec Silène Audibert, Vincent Borelli, Guiliana Cunéaz, Vanessa Dziuba, Jens Harder, Laurent Mulot

L’exposition mélange de la bande dessinée, avec des planches de Jens Harder (Alpha…Directions, Actes sud-l’an 2) des dessins qui retracent la création de la terre depuis la nuit des temps,

des gravures de Silène Audibert, des images scientifiques qui proviennent du Cern, des photographies de Laurent Mulot, des dessins de Vanessa Dziuba, des images en animation 3D qui permettent de voyager dans la matière avec Guilina Cunéaz.

pour en savoir plus : http://www.cacl.info/

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Tableau de nomenclatures et de leurs matières, 1974, encre sur claque, 82 x 118,5 cm, prêt du Cern
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Jeans Harder, Planches originales Alpha…Directions, Actes sud-L’an 02, crayons de couleur aquarellable et encre de chine au pinceau, 42 x 30 cm

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Vanessa Dziuba, Multiplication, aquarelle et traitement numérique, 40 x 50 cm

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Silène Audibert, Météore, série de gravures en expansion

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collection @ 31 juillet 2015 - 10 h 30 min

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La revue Volcan est sortie au mois de juin avec son impressionnant sommaire,

ses 16 couleurs riso et sa couverture sérigraphiée en 3 passages.

Il est déjà épuisé en ligne et c’est bien normal.

Pour l’acheter il faudra aller rencontrer Sammy Stein, Séverine Bascouert, Bettina Henni, Alexis Beauclair à ces différents salons :

- LONDON Safari Festival ……………August 22th 2015
- BRUXELLES Cultures Maison ……September 11-13th 2015
- NEW-YORK Art Book Fair …………September 17-20th 2015
- PARIS Fanzines ………………………..Octobre 2015
- STRASBOURG Central Vapeur ….Décembre 2015
- ANGOULÊME ………………………….fin janvier 2016

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Toutes les précisions sur :

http://lagonrevue.com/

Volcan réuni 30 auteurs internationaux :

JEAN-PHILIPPE BRETIN, CARLOS GONZALEZ, HUGO RUYANT, SAMMY STEIN,
TOM LEBARON KHÉRIF, FLETCHER HANKS, STEFANIE LEINHOS, LÉO QUIEVREUX,
ALEXIS BEAUCLAIR, AIDAN KOCH, ROXANE LUMERET, LASSE & RUSSE,
NOEL FREIBERT, LOUIS GRANET, C.F., NACHO GARCÍA, AMANDINE MEYER,
AMANDA BAEZA, LÉON MARET, LEON SADLER, JÉRÉMY PININGRE, OLIVIER SCHRAUWEN
JEREMY PERRODEAU, BAPTISTE VIROT, ANTOINE COSSÉ, ACACIO ORTAS,
STATHIS TSEMBERLIDIS, JONNY NEGRON, BETTINA HENNI, YÛICHI YOKOYAMA.
Édité et fait main par /Edited and handmade by :
Séverine Bascouert, Alexis Beauclair, Bettina Henni, Sammy Stein
Direction éditoriale /Editorial direction :
Alexis Beauclair et Sammy Stein
Impression Riso /Risoprint : Papier Machine
Sérigraphie /Silkscreen : L’Institut Sérigraphique
Couverture /cover : Alexis Beauclair


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collection @ 29 juillet 2015 - 11 h 29 min

les amateurs



Jin Angdoo et Mathieu Julien ont crée le site

http://www.a-m-a-t-e-u-r-s.org/about/

où il postent des images des projets qu’ils créent avec enthousiasme et curiosité.

Ils viennent de mettre en ligne une série de sacs qui a pour nom : Pop :

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blue_05s

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Ils vivent tous les deux à Paris, (Ici c’est à Los Angeles, où ils ont peint ensemble cette enseigne)

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Jin Angdoo est coréenne et a vécu à Los Angeles. Elle est directeur artistique spécialisée en film d’animation.

Mathieu Julien peint sur les murs, et sur toile et papier.

Il a fondé avec Guillaume Pellay les éditions Peinture qui rapprochent certaines formes de graffiti et peinture.

Plusieurs collections vont être étoffées bientôt :

une collection archives documentant le travail d’un graffeur sur plusieurs années, avec