En attendant le vernissage de son exposition que nous organisons jeudi au Monte-en-l’Air, voici un petit extrait de l’entretien avec Jean-Xavier Renaud publié dans le numéro deux de Collection suivi de quelques images prises sur place :
(…) J’ai découvert son travail à l’occasion de l’exposition La vie à l’épreuve à l’IAC de Villeurbanne. Une installation impressionnante y présentait sur les quatre murs de la grande salle d’exposition des dessins et aquarelles de tous formats dans un joyeux bordel foutraque. S’y côtoyaient des dessins au stylo Bic à la maladresse adolescente, des aquarelles de petite taille au sujet anecdotique ainsi que des dessins à l’aquarelle de format bien plus impressionnant dont l’habileté technique ne trouvait pour écho que la profonde idiotie du propos.
J’y ai trouvé une résonance à un des principes fondateurs de Collection : la volonté de ne rien cloisonner, de ne pas faire le choix d’un style précis mais au contraire de tout montrer sur un même plan, sans distinction de genres.
Jean-Xavier Renaud m’a reçu chez lui, sur le plateau de Hauteville, où après la dégustation d’une fondue au comté local et la visite du vétérinaire venu examiner son chien blessé par la violente charge d’un sanglier, il m’a présenté son atelier et répondu à mes questions.
Ce que j’avais trouvé beau et qui m’avait marqué quand j’ai découvert ton travail, c’est la façon que tu as de tout mettre sur un même plan, autant les grands que les petits formats, les techniques très maladroites et celles plus habiles, sans faire aucune distinction. Les dessins ne sont pas montrés indépendamment, mais au contraire c’est une installation qui dévoile un ensemble. Et il y a pourtant des personnes ou des galeries qui viennent te dire que tu as trouvé ton format, ton style ?
Ces personnes n’ont pas compris mon travail. Je ne pense pas comme ça, je ne dessine pas comme ça, je ne conçois pas les choses comme ça…Je ne pense jamais à me dire: « alors je fais de l’huile, puis maintenant de l’aquarelle ou après du crayon ». C’est tout le temps mélangé. Il n’ y a pas plus ennuyeux pour moi que de commencer à réfléchir à ces choses là. C’est déjà l’étape de trop.
Ce qui est beau c’est précisément qu’il n’y ait pas de choix.
Voilà, ça m’est égal, je fais ce que je peux. L’huile, je l’ai appris tout seul, je me suis démerdé. Et puis j’aime bien être dans le processus, ne pas savoir, ne pas appliquer une règle, ne pas copier un modèle. Parfois je vais faire des images super réalistes, mais si tu regardes de près en fait c’est très tremblant, il y a plein de défauts. De loin c’est nickel, et de près c’est brouillon comme certains autres dessins et j’adore ça ! J’aime bien que ce soit le bordel !
Et comment as-tu géré le passage à l’huile, qui est un procédé beaucoup plus long ? Tu partais d’un dessin très spontané en te disant je vais le développer en plus grand ?
La transition était un peu bizarre mais je m’y suis vite fait. En ce qui concerne ma manière de travailler, j’ai une idée et c’est seulement la technique qui est différente. Je me mets en scène, ou je cherche des gens, je prends des photos, et ensuite je les peins, je fais du coloriage quoi. C’est un procédé très différent du dessin, mais l’idée arrive de manière tout aussi spontanée, donc quelque part pour moi c’est la même chose, même si ça se met en forme différemment.
J’ai vu également que tu donnais des cours de dessins…
J’ai bossé pendant pas mal de temps avec ce qu’on appelle des publics. Toutes sortes de publics : des gens normaux, des gens pas normaux, dans des prisons, des écoles…j’ai fait tous les niveaux de classes.
Les ateliers dont tu t’occupes t’ont influencé dans ta pratique ? Il y a tout un pan de ton travail qui est assez régressif, c’est lié à ça ?
Au début je ne savais pas très bien dessiner de manière classique. Aujourd’hui toujours pas trop d’ailleurs. Je me suis rendu compte avec que les enfants dessinaient eux aussi comme ils pouvaient, mais qu’il y avait souvent une putain de force expressive dans plein de dessins. C’est mal dessiné, entre guillemets selon l’académie, mais c’est puissant ! Tu ne vois même plus le dessin, il fonctionne tout seul, parce que c’est chargé émotionnellement.
Avoir bossé avec tous ces gamins et avec tous ces gens qu’on marginalise, ça m’a permis de ne pas m’endormir dans la connaissance, parce qu’au fur et à mesure j’ai amélioré mon dessin « académique », mais j’ai réussi, en partie j’espère, à conserver cette énergie là. Je n’oublie pas que la force expressive est le plus important. Tu peux utiliser tous les artifices que tu veux, si ton dessin n’est pas chargé, s’il n’ y a pas une intention, un truc un peu bizarre derrière, ton dessin sera pourri. Il sera chiant à mourir, comme une pub. Rien à cirer quoi.
Quand je dessine j’ai seulement une idée de départ, mais je ne sais pas du tout comment ça va aboutir. Je m’autorise à dessiner n’importe comment, comme ça vient.
Avec n’importe quel médium…
Avec n’importe quel médium… A priori oui, mais non, quand même, je n’aime pas les trucs trop compliqués. Il ne faut pas que techniquement ce soit trop casse-couilles, ou trop lourd, ou trop long à mettre en oeuvre.
Pourtant, techniquement, il y a des choses impressionnantes dans ta production.
Oui c’est vrai, c’est faux ce que je dis en fait ! Mais la technique c’est connoté, la peinture à l’huile surtout : il faut que ce soit technique. Mais moi je ne respecte pas le protocole gras sur maigre, tous ces machins là. Ça reste autodidacte. À partir du moment où j’arrive à avoir l’image que je veux à peu près, je me fous de savoir comment j’y suis parvenu.
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L’une des deux chiennes de JX, blessée par un sanglier. Elle va beaucoup mieux depuis.
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Juste après la dégustation de cette « putain de fondue au comté », sur le plateau de Hauteville
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Dans son atelier pendant l’entretien
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Les Hurlements, huile sur toile, 365 x 270 cm, 2009
JX commente :
L’image là c’est une meuf avec ses gamins à la ceinture : c’est sa raison sociale donc elle les met en avant pour que les gens s’écartent sur son passage. Elle se promène, elle a un détonateur et elle les fait crier en appuyant dessus. Elle traverse les bois comme ça, elle va à la mairie, à la Poste, elle revient, et elle envoie les gamins qui braillent. Moi je passe derrière et je lui jette un seau d’eau glacé sur le cul, ça lui fait baisser en chatte et elle perd un oeuf, elle perd un ovule et ça fume.
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collection @ 10 janvier 2012 - 12 h 25 min